Traversée des Etats-Unis : New-York-Los Angeles.

 

5 au 28 août 1986.

Mardi 5 Août 1986.

C’est le grand jour. Nous sommes enfin prêt pour le départ, un peu énervé et soucieux de ce qui nous attend. Nos sacs à dos sont bourrés avec le nécessaire du parfait routard et après avoir chargé le tout dans la Corsa, nous voici parti pour Roissy. C’est Nicole qui nous accompagne mais c’est moi qui conduit.
Arrivé à Roissy, Nicole nous laisse devant l’entrée et tout de suite, nous nous dirigeons vers l’enregistrement des bagages. Il reste 1h30 avant le départ, tout se passe bien mais nous sommes toujours aussi énervé.
Après un rapide casse-croûte au bar de l’aéroport, nous embarquons. 11h15, c’est réellement le départ et nous sommes un peu secoué au décollage, mais ce n’est pas très long.
L’avion est déjà haut maintenant et nous distinguons par un temps très clair : Le Havre, le Cotentin, Jersey puis la mer.
En vol, je goutte au café Américain : eau bouillante et très peu de café. Plus tard, le déjeuner est offert et s’en suit un petit film assez drôle d’ailleurs (Short circuit).
Après 5 heures de vol, le commandant de bord, dans un Anglais presque incompréhensible, nous annonce que nous survolons Terre Neuve. En effet, à travers le hublot, un paysage de forêt à perte de vue s’offre à nous, c’est le Canada. Puis nous survolons Boston.
Déjà le 747 de la Pan Am amorce sa descente et nous distinguons les alentours de New York : grandes voies rapides, quartiers résidentiels avec piscine à chaque maison.
Au loin, les gratte-ciel de Manhattan se dessinent, il n’y a pas de doute, nous sommes bien arrivé.
Après un atterrissage applaudi par les passagers et une entrée sans problème dans l’aérogare, nous arrivons maintenant à la douane. On ne plaisante pas, rien qu’à voir la tête des mémères qui s’occupent de la vérification des visas. Enfin c’est notre tour et après maintes explications avec l’une des mémés pour se faire comprendre, nous avons notre papier d’admission agrafé à notre passeport.
Aux bagages, nous attendons très peu de temps malgré tout ce qu’on nous avait dit au sujet de la récupération des bagages à New York.
Il ne nous reste plus qu’à trouver un moyen pour se rendre à l’hôtel. Pas facile. Nous avions prévu le métro mais il était fermé l’après midi. Le taxi est trop cher malgré tous les « taxi drivers » qui nous proposent leurs services. Le car est la solution la plus simple et moins coûteuse car la compagnie "Carrey Bus", dont une personne faisait la pub dans le hall, assurait le transport JFK-Manhattan pour 7$.
Le car arrive quelques instants plus tard et après avoir chargé nos sacs à dos dans le coffre à bagages, nous voici donc parti en direction de Manhattan.

Enfin du ciel bleu car depuis le début de notre arrivée, nous étions en sous sol. Nous découvrons peu à peu l’aéroport, immense. Pendant près de 10mn, nous contournons l’ensemble. Arrivée près d’une compagnie aérienne; le chauffeur s’arrête et se lève pour le paiement du transport, sans se presser.
Le car repart et c’est maintenant l’autoroute à travers le quartier de Queens, Manhattan se rapprochant de plus en plus. Petit embouteillage à l’entrée du tunnel passant sous le fleuve car il y a un paillage.
Et c’est reparti. Encore quelques instants et nous serons dans ce Manhattan dont nous avons tant entendu parler et vu à la télé. Nous y sommes.
Le car continue toujours malgré une circulation assez dense et on ne met pas longtemps pour arriver au terminus. Le problème est que l’on ne l’avait pas prévu à cet endroit. Qu’importe, nous avons un plan, on se débrouillera, l’essentiel est d’être au centre ville.
La première impression que nous avons en sortant du car, climatisé précisons-le, est la chaleur moite de New York. En un instant, nos vêtements sont trempés et il y a cette odeur particulière d’une ville à très forte humidité, une humidité telle que les murs ruissellent et que de la vapeur sort des bouches d’égouts.
Avec le plan, on réussi à trouver l’endroit où nous sommes. Pendant que je cherche la direction à prendre, pas évident malgré les rues numérotées, un passant aborde Lydie et lui demande gentiment où nous allons.
Après de précieux renseignements, nous commençons notre marche à travers les rues.
Nous approchons de Times Square et Broadway. Passé la grande place, nous sommes un peu moins rassuré, nous assistons à une petite bagarre et Lydie se tient à moi tout en continuant notre chemin.
Enfin, le Century Paramount, au coin de la 46ème rue et la 8ème avenue, nous sommes bien content.
Nous découvrons l’hôtel. Pas mal apparemment, grand hall mais rien à voir avec nos hôtels Français.
Nous nous présentons à la réception et, tout étant en ordre, montons dans la chambre réservée à notre intention.
La chambre est assez banale par rapport à l’entrée de l’hôtel mais au moins il fait frais et ce n’est que pour la nuit. Après un petit coup d’eau pour se rafraîchir, on allume la télé histoire de voir les émissions locales. Ceci fait, après avoir regardé "Pour l’amour du risque", il est temps d’aller grignoter un morceau.
Nous n’allons pas très loin car tout près de l’hôtel, sur la 8ème avenue, on découvre un petit fast food, pas génial à vrai dire et après quelques hésitations, on entre quand même.
Un morceau de poulet bizarre avec des "French fries" tout aussi bizarre est au menu, mais malgré tout, nous sortons indemne et Lydie me propose d’aller boire un café "jus de chaussette" avant de remonter dans la chambre.
La fatigue me gagne de plus en plus car ici il est 20h00 mais en France, il est 1h du matin et le changement d’air, la fatigue du voyage commencent à faire leurs effets.
Malgré les recommandations de Lydie de ne pas se coucher tout de suite, de retour à l’hôtel, c’est la première chose que j’ai faite.
Cette première nuit aux U.S. fut assez mouvementée. Pour tout dire, je l’ai passé dans les W.C à essayer d’éliminer mon génial dîner New Yorkais tout en étant bercé par les Tam-tams provenant des immeubles voisins et des sirènes des voitures de police parcourant la ville.
Bref, nuit presque blanche. Ca commençait bien.

 

Mercredi 6 Août 1986.

Debout 7 heures car aujourd’hui, c’est le grand départ pour notre circuit.
Nous avons rendez-vous dans le hall et nous allons faire la connaissance de notre groupe.
Après une bonne douche, un café toujours aussi "jus de chaussettes" et quelques cachets pour mon mal de ventre, nous voici dans le hall. Il y a pas mal de monde. Qui est de notre groupe ?
Enfin, deux petits groupes se forment. au pif, nous nous dirigeons vers l’un d’eux, mais ce n’est pas le bon. Celui ci part pour le nord, ça doit être l’autre. En effet, après avoir présenté notre feuille de contrôle, nous figurons sur la liste.
La personne chargée de ce contrôle est en fait notre accompagnateur. Il s’appelle Eric, environ 28 ans, et parait très sympa.
Peu après, le groupe ainsi formé se réuni sur le trottoir devant l’hôtel. Nous faisons déjà des commentaires. Il y a en tout 14 personnes dont Eric, notre chauffeur et ma foi, ils ont l’air tout à fait correct, que des jeunes.
Notre véhicule est un Ford immatriculé dans le Massachusetts, il appelle ça, un Van, 14 places, une grande galerie qui sert à mettre les bagages, le matériel de camping et le matériel de cuisine.
Eric annonce qu’il parle Français mais étant donné que nous sommes aux USA et que l’un d’entre nous ne parle pas un mot de Français, il s’astreindra le plus possible.
Nous avons donc appris par ces mots que nous étions tous des Français excepté un qui était Australien. Le pauvre.
Le départ est donné. Tout le monde s’installe dans le van. Lydie et moi sommes à l’arrière.
Eric, tout en conduisant, nous renseigne sur l’itinéraire que nous allons suivre aujourd’hui.
Tout d’abord, un tour de ville afin de voir les principaux centres d’intérêts, puis route vers Washington.
Notre "Trip" est donc commencé.
Nous circulons à travers New York en découvrant au fur et à mesure tout ce que nous n’avions pas eu le temps de voir hier.
On commence par un arrêt "jus d’orange" dans la 5ème avenue (P). 1ère série de photo avec l’empire State Building situé au coin de la 34ème rue et de la 5ème avenue. Eric nous dit que de la tour observatoire, on peut découvrir la vue la plus célèbre de New York et du 102ème étage, par un temps clair, la vue s’étend sur trois états.
On continue à travers Central Park, le siège de l’ONU et le "Downtown". Le tour de ville dure presque 1h30, très peu en fin de compte par rapport à tout ce qu’il y a voir ou à visiter, mais la route est longue jusqu’à Washington et il faut y être ce soir.
Tout se passe bien , malgré un "mal de voiture" qui commence, causé par le mauvais entretien des rues de New York.
Nous nous dirigeons maintenant vers l’arsenal, à la pointe sud de Manhattan. (P)
Eric nous explique qu’une traversée de la baie d’Hudson en ferry éviterait un détour assez long pour rejoindre l’autoroute. Donc, pour parcourir les 8km qui sépare Manhattan et Staten Island, nous allons prendre le bac. (P)
En attendant de charger les voitures, on distingue la statue de la liberté qui se dessine au loin.
On la vit de plus prêt, plus tard, lorsque le Ferry passa devant l’îlot sur lequel elle se trouve. (P)
Après 20mn de bateau, on arrive à Staten Island et l’on reprend la route en direction de Washington par l’interstate 85 sud. Le paysage commence à défiler et nous nous éloignons de New York peu à peu et à vrai dire sans trop de regrets.
Déjà, un panneau signalant "Welcome to New Jersey" annonce que nous changeons pour la première fois d’état.

Midi. Arrêt pour casser la croûte. Eric nous explique que pour gagner du temps le et les déjeuners seront composés uniquement de sandwichs.
Il est temps de faire les présentations : Parmi les Français, il y a deux filles de Strasbourg qui se prénomment Anne toutes les deux, Elisabeth et Josette qui viennent de Savoie, Pascal et Laurence de Paris, une Lyonnaise, Michelle, deux Parisiens : Franck et Christophe, un Marseillais : Michel et enfin notre Australien : Neil.

Le pic nique terminé et le matériel chargé, on reprend la route tranquillement.
Après avoir évité Philadelphie, sans intérêt particulier d’après Eric, nous quittons le New Jersey pour entrer dans le Delaware, l’un des plus petits états d’Amérique du Nord, mais nous ne tardons pas à le quitter lui aussi pour pénétrer dans le Maryland.


Le paysage est, pour l’instant, assez monotone car il y a beaucoup d’usines, de raffineries, de ports comme celui de Baltimore que nous longeons pendant plusieurs kilomètres.
Washington, 10 Miles, nous arrivons, mais pour ce qui est du temps, nous ne sommes pas gâté car des nuages noirs apparaissent, il y a de l’orage dans l’air.
Peu après avoir contourné Washington, on se dirige vers notre première étape camping et le panneau "Welcome to Virginia" annonce que nous allons dormir ces deux prochaines nuits en Virginie.

Et voici le camping. Assez grand, près d’une rivière et en plein bois.
La petite ville avoisinante s’appelle Manassas et le camping est situé sur un lieu assez célèbre dans l’histoire de USA. C’est en effet ici même et dans les alentours que les Nordistes et les Sudistes ont livrés leur première bataille le .... 1861 et qui porte le nom de la petite rivière : Le Bull Run.
Après avoir déchargé tout le matériel, on nous distribue les tentes qui seront à nous pendant tout le reste du parcours.
Les explications pour le montage des tentes ne vont pas tarder, mais soudain l’orage qui menaçait éclate et on a vite appris à monter les tentes !!!
Donc ce soir, plus question de préparer à manger sous la pluie. Du coup Eric nous emmène souper dans une "Pizza Hut" et l’on y arrive trempés jusqu’aux os.
Après ce repas fort copieux, il était temps de retourner au camping.
La pluie avait cessé depuis longtemps déjà et avant d’aller se coucher, Eric nous parle un peu du déroulement du circuit tout en buvant quelques bières.
En fait, pas grand chose de plus de ce que l’on nous avait dit avant de partir.
Le dîner, le petit dèj se fera à tour de rôle ainsi que la vaisselle, le nettoyage du van et le déchargement du matériel.
On discute de l’itinéraire à venir et surtout de la journée de demain. Ce soir, nous devions aller à Washington pour voir la ville la nuit. Il parait que c’est assez chouette, mais avec le temps, c’est repoussé à demain soir.
Il est à peu près 23h quand tout le monde part se coucher, car il fait frais et notre première journée de route nous a un peu crevé. Nous nous apercevons en rentrant sous la tente que les matelas sont trempés, superbe nuit en perspective. Tant pis, il faut être en forme car demain, c’est la visite de Washington qui nous attend.

 

Jeudi 7 août 1986.

"Wake up, boys, good morning". C’est par ceci que nous sommes réveillé ce premier matin au camping. C’est gentil, mais à 7h dur dur !
Après être sorti péniblement de la tente, assez spacieuse il faut le dire, nous prenons notre premier petit dèj : Tartine confiture et café pas très fameux. Il y a déjà un beau ciel bleu et il est temps de préparer notre déjeuner de ce midi car on nous fournit pour aujourd’hui notre gamelle, en fait rien d’extraordinaire : Sandwich, fromage et jus de fruit.
Michelle, qui vient de se lever, constate que toutes ses affaires sont trempées.
Donc aujourd’hui, c’est la visite de Washington. Nous avons toute la journée de libre et Lydie m’a promis de me faire visiter la ville vu qu’elle y est déjà venu il y a deux ans.
Après avoir rangé le matériel, nous partons.

En pénétrant dans la capitale, on est vite surpris par le contraste entre New York et Washington.
Le peu de New York que l’on a vu nous a paru sale, vieux, peu sûr à certains endroits, tandis que Washington nous apparaît comme une ville calme, plus vaste, possédant de nombreux parcs verdoyants, parsemés de fleurs
Après un bref tour de ville, Eric nous dépose devant le musée de l’air et de l’espace où se trouve l’original de l’avion de Lindbergh et nous prévient qu’il viendra nous rechercher ce soir à 18h au même endroit.
Malheureusement, quelques nuages apparaissent et la pluie ne tarde pas à tomber.
Chacun part se son côté et Lydie me propose de commencer ce matin par la visite des musées vu que la pluie continue de tomber.
Elle me dit que la différence de ceux de France, c’est qu’ils sont tous gratuits et une fouille des sacs à l’entrée est obligatoire.
On commence donc par le National Gallery of Art, musée où figure les toiles des plus grands maîtres européens. On ne reste pas longtemps, environ ¾ d’heure afin de visiter le ....., sorte de musée d’histoire naturelle et de l’homme, mais en trois fois plus grand.. C’est vrai qu’il est immense. Il regroupe à la fois la faune, la flore, la vie au XIX° siècle, la politique, l’espace, l’armée etc ...
C’est là que nous restons le plus longtemps, à vrai dire jusqu’au déjeuner.
Lors de la visite, parmi la foule, on vit oh ! surprise une famille d’Amish qui apparemment venait s’instruire. Ce musée devait être sûrement le seul endroit les liant au monde moderne.
C’était assez comique de voir ces drôles de gens : Les hommes en pantalon noir, chemise bleue, barbe et chapeau, les femmes en robe noire et dentelles blanches se faufilant parmi les touristes curieux.
Lydie en a profité pour me hurler après parce que je ne voulais pas les prendre en photo.
Déjà un peu crevé, nous sortons de ce fabuleux musée pour aller grignoter un morceau. Il est environ midi, il ne pleut plus et le soleil commence à bien taper.
On choisi un banc, dans le grand parc situé devant le Capitol, pour s’asseoir. Cela fait du bien, une petite pause avant la visite des mémoriaux est la bienvenue.
On entame notre petit casse-croûte tout en regardant machinalement les innombrables coureurs qui passent devant nous pour faire leur jogging et les hommes d’affaires qui viennent manger leur hamburger comme nous sur un banc.
Une heure a suffit pour se maigre repas et l’on commence notre marche. 1ère étape : le Washington Mémorial (P). C’est une grande obélisque en marbre haute de 168 mètres où l’on peut monter en ascenseur au sommet pour admirer la ville, mais il y a trop de monde qui attend, alors on s’en passera.
On arrive tranquillement, sans se presser à notre 2ème étape : La célèbre Maison blanche (P) où ont résidé tous les présidents sauf George Washington qui en proposa l’idée. On peut la visiter mais c’est toujours la même chose, il faut attendre un bon moment pour pouvoir entrer, donc on se dirige vers le Vietnam Mémorial (P). Là, c’est tout à fait différent, beaucoup de touristes certes, mais un calme et une ambiance assez particulière. Déjà, à l’entrée du parc, les kiosques des vétérans nous montrent que ce n’est pas un endroit où l’on rigole mais plutôt un lieu de recueillement. Ces vétérans étaient là à longueur de journée pour faire signer des pétitions et tout près d’eux se trouve un long mur en marbre vert d’environ 50m où sont écrits tous les soldats tombés au Vietnam.(P)
C’est vrai que de voir tous ces noms écrits en minuscule sur ce long mur est assez impressionnant.
De plus, certaines personnes gravaient sur une de papier le nom d’un de leur parent ou ami, cela complétait l’émotion que nous pouvions avoir (P)

Une statue, érigée en novembre 1984, un peu plus loin, représentait 3 GIs en grandeur nature se tenant le bras et qui représentait presque 10 ans plus tard, le symbole des événements qui avaient choqués les ricains durant ce conflit.
Ces instants d’émotions passés, nous nous dirigeons à travers un sous bois pour arriver devant le Lincoln Mémorial. (P)
Ce mémorial, comme son nom l’indique, est dédié au président Lincoln. La statue de marbre haute de 6 mètres du « Grand libérateur », saisissante de vie, fait face au monument de Washington, à l’opposé d’un grand bassin d’eau miroitante. Il y a beaucoup de monde et parmi la foule, on retrouve Neil et Michelle. Nous repartons peu de temps après, tous les deux, en direction du Jefferson Mémorial (P), autre mémorial dédié à un président.
Nous commençons à ne plus sentir nos jambes. On s’arrête donc sur les rives du Potomac, sous les arbres, afin de se reposer un peu (P).
Après quelques minutes, on reprend notre chemin toujours sous un soleil de plomb.
Nous arrivons enfin à ce dernier mémorial au bord du Tidal Basin. Ce bâtiment circulaire en marbre abrite la statue en bronze haute de 6 mètres de celui qui fut le troisième président des US et en été on y donne des concerts en plein air. (P)
Nous en profitons pour acheter quelques cartes postales ainsi que des timbres et direction maintenant le Capitol.
Ce dernier parcours nous parait interminable. Nous marchons le plus possible à l’ombre des arbres et nous nous arrêtons toutes les deux minutes pour boire soit du coca, soit de l’eau javellisée qui sort des fontaines.
Nous arrivons, crevé, devant ce fameux Capitol.(P) Lydie me précise qu’il faut absolument rentrer à l’intérieur pour voir les salles de parlement. Il reste 1 heure avant de retrouver les autres, alors il faut faire vite. A l’intérieur, il y a beaucoup de monde, des touristes bien sur, mais aussi des gens travaillant au Capitol. Ca grouille de partout et des policiers sont à l’entrée de certains couloirs interdit au public.
Après avoir vu successivement la grande salle sous le dôme du Capitol et l’ancienne salle du parlement, nous sortons et nous nous dirigeons vers notre point de départ de ce matin.
Sur le chemin, on s’arrête à une fontaine pour boire un peu d’eau. Elle sent l’eau de Javel à 5m, mais tant pis on a trop soif. Enfin le musée. Nous sommes complètement crevé, on ne sent plus nos jambes.
Néanmoins, nous sommes les premiers alors on s’assoit sur les marches juste devant le musée en attendant les autres. Ce tour de ville n’aurait pas été terrible ou du moins incomplet sans Lydie, car elle m’a fait voir tous les principaux centres d’intérêts sans détours inutiles.
Au bout d’un quart d’heure, tout le monde est là y compris Eric et le van. Il est temps de rentrer au camping pour préparer le souper de ce soir mais tout le monde insiste pour aller voir le cimetière militaire d’Arlington. Eric est d’accord, on se débrouillera ce soir pour souper dans une cafétéria.

Nous retournons en Virginie et après avoir passé les bâtiments du Pentagone, nous arrivons à l’entrée du cimetière. Eric nous laisse ¾ d’heure. Lydie est déjà venu dans ce lieu et elle cherche tout de suite l’endroit où se trouve la tombe du soldat inconnu car il parait que c’est assez particulier à voir.
Le cimetière est situé sur le flanc d’une colline, en plein bois et il faut sûrement grimper tout en haut pour voir ce qui nous intéresse car tous les gens présents ici s’y dirigent. Nous les suivons et après quelques minutes de marche on aperçoit, à peine plus haut un attroupement.
On s’approche et l’on découvre la tombe de John F. Kennedy. En fait, cette tombe n’a rien d’extraordinaire, elle ressemble un peu à celle du soldat inconnu sous l’arc de triomphe à Paris, sauf que c’est celle du président Kennedy, voilà tout. (P)
Lydie se repère un peu et me montre l’endroit qu’elle cherchait. Il faut encore grimper et après quelques minutes de plus, on arrive enfin. Là, un spectacle assez étonnant nous attend. Malgré les nombreux touristes qui se trouvent ici, il n’y a pas un bruit, uniquement celui des feuilles des arbres secouées par le vent et celui des bottes d’un Marines montant la garde devant une tombe. Mais quel soldat !. C’est un véritable automate, sans aucun regard dans les yeux, répétant sans aucune erreur tous les gestes et attitudes qu’on lui a commandé. On nous avait dit que les Marines avait un entraînement et surtout un esprit à toutes épreuves. C’est le cas. (P)
Il est temps de redescendre, Eric doit déjà nous attendre, mais soudain deux autres soldats apparaissent et se dirigent vers le parvis.
On a vite compris ce qui se passe, c’est la relève de la garde. Que faire ? Redescendre maintenant ou rester pour assister à cette curieuse prestation militaire. Je vois parmi les touristes présents quelques uns de notre groupe et ils n’ont pas l’air de vouloir partir, alors c’est décidé, on reste.

Comparé à ce que l’on a vu auparavant, le déroulement de cette relève est encore plus impressionnant et le pauvre soldat, qui devait en avoir marre de marcher et de se livrer à tout se rituel depuis ½ heure, n’a pas fini son calvaire (P). Nos 3 automates se livrent maintenant à la traditionnelle passation de pouvoir.
L’officier hurle ses ordres, bien sur on n’y comprend rien, et les deux autres ne bronchent pas et s’exécutent sans la moindre erreur. De ma vie, je n’avait vu des hommes réduit à un tel endoctrinement, c’est assez incroyable.
Voilà, il est vraiment temps de retourner au van, on a ¼ d’heure de retard et Eric va commencer à s’impatienter. De retour en bas, on explique à Eric la raison de notre petit retard et il nous répond en rigolant « Oh Yeah ». Il démarre et direction le camping.
Ce soir nous devons aller à Georgetown, le quartier résidentiel et universitaire. Il parait qu’il y a plein de bars sympas, des rues étroites et on en profitera pour voir ce que l’on avait pas vu hier à cause de la pluie, c’est à dire Washington by night. J’ai tellement mal au pied, qu’arrivée au camping je me déchausse et m’aperçois que j’ai deux énormes ampoules à chaque talon. Un petit pansement fera l’affaire mais au même moment, une guêpe me pique à la cuisse. Dire que je n’ai jamais été piqué et il faut que j’aille à 8000 Km pour que ça arrive. Enfin, Eric me passe de la pommade et tout s’arrange.
Maintenant, il est temps d’aller se remplir l’estomac car il est déjà presque 20h et comme prévu, nous allons à une cafétéria "Big boy" à l’entrée de la ville.
Pendant le repas, Lydie commence à avoir mal au ventre, si mal qu’Eric nous propose de nous raccompagner au camping au lieu d’aller directement au Georgetown.
A force d’avoir bu de cette eau répugnante cet après midi, ça devait arriver et enfin à la tente, Lydie part tout de suite se coucher.
Tandis que les garçons repartent, je commence à discuter avec les filles qui étaient restées, mais je suis tellement vanné que je ne tarde pas à me coucher moi aussi.
On à l’air bien tous les deux. Lydie malade, moi piqué par une guêpe et les pieds boursouflés.
Une bonne nuit de repos et demain ça ira mieux.

 

Vendredi 8 août 1986.

Ce matin, Eric nous réveille à 8h, mais il faut se dépêcher un peu car une longue journée nous attend.
Lydie va beaucoup mieux et après un rapide petit dèj, nous démontons les tentes, chargeons le matériel sur le van et en route vers le sud.
Nous voici donc, un peu plus tard, de nouveau sur l’interstate 95 Sud. Ces autoroutes ressemblent beaucoup aux nôtres et ils ont l’avantage d’être gratuit mais ce qui diffère le plus de chez nous, ce sont les conducteurs eux-mêmes. Il n’est pas rare de voir des conducteurs, casquettes de base-ball sur la tête, dégustant un hamburger ou bien simplement des femmes avec des bigoudis buvant leur coca tout en conduisant. C’est le côté « Relax » des Ricains au volant.
Le paysage est très vert, très boisé et un peu monotone. On en profite pour dresser un petit bilan de ces deux premières journées aux U.S.. Tout ce passe à merveille et malgré les quelques petits tracas de santé, les gens sont sympas, Eric est super et pourvu que ça dure jusqu’au bout.
Après avoir passé Frédéricksburg, nous approchons de Richmond, capitale des états confédérés pendant la guerre de Sécession et aujourd’hui capitale d’état de la Virginie.
C’est ici que nous déjeunerons tout à l’heure mais auparavant, nous allons faire le plein en timbre à la grande poste de la ville car ce n’est pas évident d’en trouver au prix normal ailleurs.
Le temps de trouver une place pour se garer, décharger le matériel pour midi et nous voici dans un petit parc en plein centre ville, tout près de l’église St John, idéal pour un pique-nique.
On discute avec Eric de l’après midi. Après déjeuner, nous irons visiter le musée de la confédération, puis on reprendra la route vers le sud de l’état.
Maintenant il est temps de repartir. Dommage, car on était bien couché dans l’herbe à l’ombre des arbres et après avoir chargé le matériel sur le van, nous voici marchant dans le rues de Richmond en direction du musée.
tout d’abord, on s’arrête à la banque car nous sommes Vendredi et celles-ci sont fermées le week end. Lydie et moi avons déjà ce qu’il faut, on pourra tenir jusqu’à Lundi.
Pour parler un peu de la ville, très peu de choses sont à souligner. Mis à part son passé, l’usine de Philip Morris et son musée, Richmond est une ville assez banale et sans grands intérêts. On peut remarquer cependant une très forte population noire sûrement due à la concentration des esclaves dans la région au siècle dernier et qui, après leur affranchissement, sont restés dans le coin.
Nous arrivons au musée. Il est unique dans le pays car c’est le seul endroit où sont exposés les souvenirs de la guerre de Sécession et des demeures historiques des héros de l’époque et après une heure et demi de visite très intéressante, il est temps de regagner le van.
Au passage, nous nous arrêtons dans un magasin afin d’acheter quelques cartes postales et bientôt, nous quittons la ville pour reprendre l’autoroute.
A peine sorti de la ville, Eric nous montre la gigantesque usine de cigarettes Philip Morris, Marlboro. Dommage de ne pas avoir le temps de la visiter.
Nous voici donc encore sur la route et le paysage n’a pas l’air de beaucoup changer, toujours très vert et très boisé.
Malgré tout, nous ne nous ennuyons pas. Eric a mis des cassettes et on commence à découvrir la vrai campagne.
A la hauteur de Petersburg, nous quittons l’Intersate 95 qui continue vers Miami pour prendre la 85 en directions de Durham et après environ 2h de route entrecoupée de quelques arrêts, nous arrivons en bordure du Lake Gaston. C’est notre étape camping de ce soir.
Pour cette dernière étape en Virginie, nous sommes gâté car le camping est situé au bord d’un lac, en pleine forêt et notre emplacement est super.
Le montage des tentes se fait beaucoup plus calmement que la dernière fois car aujourd’hui il ne pleut pas et une fois installé, Michel me propose, avant de dîner, d’aller voir si l’eau du lac est bonne.
Il est bientôt 7h, la nuit commence à tomber mais tant pis, on se change et direction le lac.
Au début, nous ne sommes que tous les 2 mais Lydie, les 2 Anne ainsi que Neil ne tardent pas à suivre.
Nous nous sommes bien baignés une heure mais l’eau était très sale. Déception.
On commence à ne plus rien y voir et il est temps d’aller dîner.
Il faut noter que c’est notre premier dîner au camping depuis que nous sommes partis et ma foi, c’est tout de même beaucoup plus sympa.
Une fois le dîner terminé, la vaisselle faite et une bonne douche, on se met à discuter de choses et d’autres puis j’en profite pour commencer à tracer sur la carte que j’ai avec moi, notre parcours déjà effectué.
Nous avons parcouru environ 580 km depuis New York et 5 états traversés. En regardant la carte, je m’aperçois que c’est très peu par rapport à tout ce qu’il nous reste à faire. Beaucoup d’autres états et paysages à découvrir …
Il est bientôt 23h. Demain, nous nous levons tôt et une longue route nous attend. Alors, tout le monde part se coucher tranquillement.

 

Samedi 9 août 1986.

Aujourd’hui c’est à 7h qu’on nous réveille car on a une longue route à faire jusqu’à notre prochaine étape et comme la fois précédente, au bout d’une heure, tout est prêt pour le départ.
Une dernière vérification pour voir si l’on a rien oublié et en avant.
Nous ne tardons pas à rejoindre l’Interstate et quelques kilomètres plus loin, nous entrons en Caroline du Nord.
En passant le panneau "Welcome to North Carolina", Eric donne deux coups de klaxon. C’est peut être une habitude de faire ça quand on change d’état mais en tout cas, c’est la première fois qu’il le fait depuis que nous sommes partis.

Le paysage commence à défiler, Eric a déjà mis la radio et quelques uns continuent leur nuit.
Au bout d’une heure, à la hauteur de Greensboro, nous quittons l’Interstate 85 pour prendre la 40 en direction de Knoxville puis on en profite pour faire un arrêt dans une station service histoire de se dégourdir un peu les jambes et de boire un café.
Tout de suite, on remarque un peu plus loin sur le parking, une lignée de camions typiquement américains. Ils sont supers, de couleurs vives et décorés.
Une fois le café englouti, nous sortons du self et Lydie voit un des chauffeurs devant son camion, lui aussi très typique. Barbe, gros ventre, bottes, natte dans le dos et buvant une bière.
Elle a envie de le photographier car c’est vrai qu’il avait l’air de sortir tout droit des films à la télé. Finalement, on le laisse tranquille et on remonte dans le van.
On reprend la route avec toujours le même paysage boisé mais toutefois agréable puis Eric branche la climatisation car le Ford devient un véritable four.
Tout en roulant et en regardant machinalement au dehors, on remarque quelque chose qui nous avait pas frappé auparavant. Tous les magasins d’alimentation, stations service, banques, parcs, monuments, même les "Macdonald" ont le drapeau Américain mis en évidence et depuis que nous sommes dans les états du sud, il y a en plus le drapeau confédéré.
Nous passons maintenant Winston-Salem, avec son usine de cigarettes "Winston" et midi approchant, il est temps de s’arrêter pour déjeuner.
On s’arrête sur une aire de repos près de l’autoroute et très vite, le déjeuner terminé, on reprend la route vers 13h.
Le paysage recommence à défiler et au loin on aperçoit pour la première fois depuis 4 jours la montagne. Ce sont les Appalaches et nous y serons ce soir.
Nous quittons l’Interstate 40 un peu après Asheville et prenons la route 19 en direction de Cherokee, l’étape camping de ce soir.
Déjà les sapins commencent à faire leurs apparitions et tout en découvrant ce nouveau paysage, Eric nous annonce que si l’on arrive assez tôt, on pourra visiter le village indien d’Oconaluftee, qui retrace la vie indienne de la tribu des Cherokee d’y il a 200 ans.
Nous entrons maintenant dans le Great Smoky Mountains National Park, situé sur la frontière du Tennessee et de la Caroline du Nord, au cœur des Great Smoky Mountains.
Ces montagnes tiennent leur nom à la brume qui plane au dessus des pics les plus élevés de cette chaîne de montagne. Autrefois vénérée par les indiens, elle est devenue aujourd’hui une des plus belles régions touristiques des Etats-Unis.
Le Ford continue de monter à travers la forêt très épaisse mais un embouteillage dû à un rétrécissement de la chaussée nous retarde considérablement et nous arrivons à 17h à Cherokee. L’accès au village est fermé.
On se contentera de faire du shopping dans la ville de Cherokee. Eric nous laisse jusqu’à 18h pour se balader avant d’aller rejoindre le camping, tout proche.
Nous commençons notre balade, mais à part les magasins de souvenirs et d’objets indiens, il n’y a pas grand chose à faire ni à voir.
Nous entrons dans presque tous les magasins de la rue principale car Lydie veut s’acheter des mocassins et on peut dire qu’il y a le choix ici !
Enfin Lydie trouve se qu’elle veut et j’en profite pour utiliser pour la première fois ma carte bleue dans le pays.
Il est temps de regagner le van et on remarque à l’entrée d’un des magasins un indien, un vrai de vrai, essayant de se faire un peu d’argent en se faisant photographier en compagnie de touriste.
Après quelques hésitations et surtout en voyant les autres insister, on accepte d’y aller tous les deux.
Lydie est complètement terrorisée. C’est idiot à dire mais c’est vrai que pour elle, ce n’est pas rassurant d’être à côté de cet homme emplumé lui tenant la taille avec ce regard tout à fait à part.
Il est temps d’aller planter la tente. Le camping est situé à la sortie de la ville, près d’une rivière. Nous arrivons.
Une fois Eric sorti de la réception, nous nous dirigeons vers l’emplacement qui nous est attribué mais celui-ci n’est guère agréable car nous sommes au bord de la route.
Alors on choisit un autre emplacement, il est plus petit mais il est au bord de la rivière.
Là, une dame d’un certain âge qui, après avoir discuté un peu, nous demande où nous allons.
Quand on lui répond que nous allons à L.A., elle nous demande s’il n’y a pas de la place pour elle dans le van !
Une fois les tentes montées, Eric nous propose, avant de souper et qu’il fasse nuit, d’aller au centre du parc National pour admirer les impressionnants panoramas de cette chaîne de montagne. Nous grimpons dans le van et en route.
En traversant Cherokee, nous apercevons, à gauche sur la route, un attroupement. C’est en fait un groupe de Country Music qui joue sur une petite place. Lydie veut absolument revenir tout à l’heure les écouter.
Nous quittons Cherokee et prenons cette fois-ci une route un peu moins fréquentée conduisant au centre du parc.
Après environ 20mn, nous arrivons à un cul de sac. Il faut continuer à pied par un chemin cimenté mais la nuit commence à tomber alors il faut se dépêcher. Le chemin devient dur mais nous arrivons enfin au sommet. Là, un observatoire situé à la limite entre les états du Tennessee et de la Caroline du Nord est installé afin d’admirer le paysage.
Le panorama est effectivement assez chouette ! Le soleil est en train de se coucher et cela donne une couleur bleuâtre à ces montagnes couvertes de brumes.
Il est temps de redescendre car il est bientôt 20h et on commence à avoir faim !
De retour à Cherokee, nous nous arrêtons pour faire quelques courses et certains, dont Lydie bien sur, foncent voir le groupe de Country qui continue à jouer.
L’ambiance est assez particulière. Tout le monde, petit et grand, danse et tape des mains dans une humeur joyeuse et amicale. Lydie est aux anges car elle peut voir un vrai rassemblement Country comme elle a toujours voulu connaître.
Pour ma part, ça me plait également mais comme les autres repartent au camping, je décide de rentrer avec eux. Eric ira rechercher plus tard Lydie et ceux restés en ville.
Arrivés au camp, nous commençons à préparer le souper et nous en profitons pour allumer un petit feu car il commence à faire très frais.
Tandis qu’Eric part avec le Ford rechercher la petite bande en ville, je profite pour sortir ma carte et tracer l’itinéraire d’aujourd’hui. Nous avons fait pas mal de route, environ 530 km depuis ce matin, ce qui nous mène à 1110km depuis New York et 6 états traversés.
Lydie ne tarde pas à arriver et à table, Eric nous parle un peu de la journée de demain.
La matinée sera consacrée à la descente des gorges de Nantahala en rafting. Tout le monde est d’accord pour y aller sauf Christophe qui n’a pas l’air d’être intéressé. Nous continuerons ensuite notre route vers le sud en direction de l’Alabama.

Il se fait tard et il fait de plus en plus frais. Alors, tout le monde décide d’aller se coucher. Demain debout de bonne heure.

 

Dimanche 10 août 1986.

Ce matin, c’est par un orage que nous sommes réveillés et après environ 1 heure, la pluie commençant à s’arrêter, nous nous levons enfin.
Dehors, tout est trempé mais il faut quand même nous préparer car nous avons rendez-vous à 9h à Almond pour notre descente en rafting. Ce n’est pas à côté et malgré l’humidité, la fraîcheur du matin, nous démontons les tentes, prenons le petit-déjeuner et en route. Nous traversons une épaisse forêt et vers les 9h, nous arrivons enfin au Rolling Thunder.
Là, un grand nombre de personne s’apprête à faire la descente avec nous. On nous distribue les gilets de sauvetage et on commence à nous expliquer les règles de sécurité car ce n’est tout de même pas sans risque. Heureusement que Lydie et Eric sont là pour traduire car je ne comprends rien du tout.
On apprend que l’endroit où nous sommes est en fait le point d’arrivée, qu’il faudra prendre un petit car qui nous amènera quelques kilomètres en amont où la descente débutera réellement. Nous grimpons dans le car, genre bus d’école et nous voici roulant, sur une route tortueuse, à travers la forêt tout en longeant la rivière. En chemin, on me désigne comme « chef de bord », c’est moi qui devra donc commander les manœuvres. Je n’y connais rien mais c’est pas grave.
Nous arrivons et prenons notre tour pour emmener notre canoë au bord de la rivière.
Michel sera à côté de moi et Lydie devant. Pascale et Laurence montent avec nous.
Maintenant, il faut attendre que la rivière soit à un bon niveau car bien entendu, la région étant très touristique, la rivière est semi artificielle. Il y a un mini barrage qui remplit et régule la rivière à volonté car sinon le rafting serait impossible à certains endroits et à certaines saisons.
Ca y est, on nous donne l’autorisation d’embarquer. Tout va très vite car le courant nous entraîne déjà. Il faut vite apprendre à manier le canoë. Des imprévus de toutes sortes sont au rendez-vous : des collisions en chaînes, des branches d’arbres, rochers et … baignades forcées. Tout se passe bien et après de nombreux arrêts pour attendre les retardataires, nous arrivons bientôt au terme de ce rafting. Une accompagnatrice prend la place de Michel pour finir le trajet car nous allons entamer un dernier obstacle et celui-ci n’est pas particulièrement facile. Ce dernier est en fait le passage d’une chute d’eau d’environ 1m50, ça surprend.
Le trajet est fini, dommage. Nous regagnons le van et tout en se séchant au soleil, nous déchargeons de quoi déjeuner car il est déjà midi et cette descente nous a creuser l’appétit.
Nous nous installons sur une table en dessous des arbres. Le déjeuner est à peine terminé que de gros nuages apparaissent et qu’il commence à pleuvoir, alors on se dépêche et une fois de plus, trempé jusqu’aux os, regagnons le van et partons.
C’est par une petite route longeant la rivière que nous continuons notre voyage. Le ciel est couvert de nuages et la pluie continue de tomber.
Après Murphy, nous entrons dans l’état du Tennessee où nous prenons la route 64 qui nous amène à Cleveland.

C’est là que nous rattrapons l’interstate 75 en direction de Chatanooga.
Arrivés en ville, nous nous dirigeons vers la gare. Eric nous explique que la gare de Chatanooga est resté célèbre car elle a conservé l’aspect d’antan. Le grand hall est resté intact et maintenant un restaurant ainsi que quelques boutiques très « retros » sont tout autours.
Mais le plus pittoresque est un ancien train du siècle dernier qui stationne le long d’un quai. D’après les dépliants de la région, le train (ou sa réplique) a joué un rôle important dans une bataille qui a eu lieu ici, près de Chatanooga, durant le mois de septembre 1863.
Nous en profitons pour faire quelques photos et aller faire un tour dans les boutiques. Eric nous avait prévenu que l’on repartirait tout de suite mais Michel, Christophe et Franck tiennent absolument à boire un coup. Alors, ils s’installent à la table d’un restaurant et commandent.
Je me joints à eux en leur disant de ne pas traîner mais les bières arrivent alors on vide les chopes et vite, regagnons le van. Je les ai pressé pour rien car Eric déguste tranquillement une espèce de crème glacée à la Chantilly. Pour la première fois depuis que nous sommes partis de New York, je m’installe à la place de Neil, à côté d’Eric. Il démarre et nous voici bientôt en route.
Nous prenons maintenant l’interstate 59 en direction de Birmingham laissant la 75 continuer vers la Floride et nous ne tardons pas à quitter le Tennessee pour entrer dans l’état de Georgie. Tout en écoutant quelques cassettes audios, je m’aperçois que le paysage a encore changé, la montagne disparaît peu à peu pour faire place à de petites collines couvertes de pins.

Après seulement quelques kilomètres, nous quittons la Georgie et nous passons le panneau "Welcome to Alabama". L’état de l’Alabama est parmi les états du sud qui a gardé le plus les traditions du vieux sud.

Vers 18h, nous arrivons près de Gadsden, c’est notre étape de ce soir. Le camping est situé en plein milieu d’une forêt et j’aperçois à l’entrée une piscine.
Nous nous installons et après avoir monté la tente, je me change et direction la piscine. Je ne suis pas tout seul, pratiquement tout le monde est venu et après environ 1h de baignade, je suis complètement épuisé. Le moral commence à baisser, c’est sûrement du à la fatigue car c’est vrai que depuis 5 jours, nous n’avons pas arrêté et la baignade semble nous avoir tous achevé.
Je trace l’itinéraire d’aujourd’hui. Nous n’avons fait que 310 km, ce qui amène à 1420km depuis New York et 9 états traversés La nuit est tombée depuis longtemps et ce soir, c’est grillade avec pommes de terre.

Il est bientôt 11h et après avoir discuté et bu quelques bières, tout le monde part se coucher tranquillement. Demain, cette fois-ci, il y a une longue route à faire.

 

Lundi 11 août 1986.

Comme de coutume, nous sommes réveillé à 7h et il faut bien entendu encore une fois se dépêcher car une long trajet nous attend. D’après Eric, c’est aujourd’hui que nous allons faire le plus de chemin entre deux étapes. Ca promet !.
Mais cela en vaut la peine, ce soir nous serons à La Nouvelle Orléans et en plus, logés à l’hôtel.
Après le petit-déjeuner, nous démontons les tentes, chargeons le matériel et en route.
L’interstate n’est pas très loin et très vite nous atteignons Gadsden, puis toujours sur la 59, contournons Birmingham, l’une des principales ville de l’état. Tout au long de la route, nous apercevons les maisons construites d’une façon différente de celles que l’on a pu voir auparavant. Elles sont pratiquement toutes en bois, colorés et le drapeau confédéré flotte sur la plupart des grands bâtiments. Il n’y a pas de doute, sous sommes toujours en territoire Sudiste. La forêt est toujours là mais il y a beaucoup plus de clairières et de prairies.
Vers 10h30, nous approchons de Tuscaloosa et nous en profitons pour faire un petit arrêt café pour nous dégourdir les jambes. Nous reprenons peu de temps après notre route, l’autoradio fonctionnant de plus belle. Heureusement que nous avions prévu d’amener quelques cassettes. Déjà midi, nous entrons dans l’état du Mississipi et Eric nous arrête près du « Mississipi welcome center ». Comme son nom l’indique, cet établissement souhaite la bienvenue aux voyageurs en proposant des dépliants touristiques, des cartes et il y a même la reconstruction de l’intérieur d’une maison coloniale.

Le déjeuner terminé, il ne nous reste plus qu’à regagner le van et de filer vers la Nouvelle-Orléans. Nous passons successivement Meridian, Laurel et Hatiesburg puis nous roulons maintenant à travers des prairies bordées de marécages.
Vers 15h30, nous quittons l’état du Mississipi pour entrer en Louisiane. C’est un pays plein de légendes. Les Espagnols l’ont découvert, les Français lui ont donné un nom et depuis des générations, la Louisiane a susciter de nombreux rêves et enchantements.
Nous nous arrêtons au « Welcome center », on en profite pour se dégourdir les jambes et de prendre quelques dépliants mais il faut à nouveau se dépêcher, la Nouvelle-Orléans n’est plus très loin et il ne faut pas traîner si l’on ne veut pas arriver trop tard.

Des nuages apparaissent. Décidément, depuis que nous partis, nous ne sommes pas gâtés par le temps.
Nous repartons et bientôt arrivons à proximité du lac Pontchartrain. Eric nous signale qu’une fois traversé le lac, nous serons à la Nouvelle-Orléans. Nous circulons à présent sur une sorte de pont qui est en fait une succession de petits plots sur laquelle la route a été construite.
Tout à coup, Eric nous montre du doigt un ensemble de building se découpant dans la brume. « New Orleans » dit-il.
Ces buildings font partis en fait du quartier des affaires, le reste de la ville étant beaucoup plus pittoresque. Nous arrivons sur la terre ferme sur l’interstate 10 et Eric prend la 1ère sortie, quittant l’autoroute, pour entrer dans la banlieue de la Nouvelle-Orléans.
Nous voici donc à la Nouvelle Orléans. Tout d’abord, Eric nous fait passer par les petits quartiers populaires plutôt pauvres de la ville mais très vite nous entrons dans le centre ville faisant un contraste avec les quartiers précédents.
Malheureusement, la pluie commence à tomber mais cela ne gâche pas la vue que l’on a de ce beau quartier. Nous sommes en effet passé dans le quartier bourgeois de la ville et la forme des maisons à colonnes, les grands jardins et les belles voitures sont là pour le prouver.
Eric s’arrête et quelques uns descendent, malgré la pluie, pour prendre des photos.
Nous continuons notre tour de ville, la pluie commence à cesser de tomber et nous nous dirigeons maintenant vers notre hôtel.
Le voici à l’angle de Canal Street et de Basin Street. C’est l’hôtel "Lasalle". Nous nous arrêtons devant l’entrée et il nous faut tout décharger : Les valises, le matériel de cuisine, les tentes, etc …
On peut plus circuler dans le petit hall de l’hôtel. Un amas de valises et de matériel de camping encombre le passage. Tandis que le personnel de l’hôtel s’occupe de ranger le matériel dans les pièces appropriées, on discute entre nous afin de trouver un moyen de se repartir au mieux dans les chambres.
Ce ne fut pas très long. Ce sont finalement Josette et Elisabeth qui seront avec nous. Nous montons dans les chambres et après s’être installé, pris une bonne douche, on se retrouve tous en bas vers les 19h pour aller dîner. Là, nous achetons quelques cartes postales et une fois tout le monde réuni, nous partons pour un resto dans le quartier historique de la ville.
Une fois dehors, on est tout à coup surpris par une chaleur humide épouvantable. Tout à l’heure, nous nous en étions pas rendu compte car il venait de pleuvoir mais là, c’est tout autre chose. Nous pénétrons maintenant dans le quartier français appelé aussi "Vieux Carré". C’est le quartier le plus célèbre de la Nouvelle Orléans. Les rues étroites, les maisons baroques aux balcons de fer ouvragés, ses cafés et ses vieilles boutiques créent une atmosphère particulière.
Nous marchons dans Bourbon Street. C’est ici qu’est né le jazz et l’ambiance est stupéfiante. Il y a un monde fou et la musique sortant de tous les bars, cabarets et restaurants se répand dans la rue. Un peu assourdi par l’ambiance qui règne dans cette rue, nous entrons dans le restaurant où nous devions aller. Là, de gros ventilateurs au plafond donne un peu de fraîcheur. Nous nous installons et Eric nous conseille de prendre un plat typiquement créole, le Jambalaya. C’est un mélange de poulet, jambon, saucisses, légumes et épices servi avec du riz brûlant. Après s’être rassasié et avoir discuté pour la première fois longuement avec Neil, nous sortons et la chaleur moite se ressent à nouveau. Nos vêtements sont trempés dès la 1ère minute.
Il n’est pas question d’aller se coucher maintenant. L’ambiance est encore plus forte que tout à l’heure et on décide d’aller se balader à travers les rues. Le nom des rues du quartier montre bien que les Français sont passés par là à une époque : Charles Street, Toulouse Street, Dauphine Street, St Louis Street, etc …
Eric nous promène dans tout le quartier et finalement nous nous arrêtons dans un bar pour aller boire un verre. Là, un groupe de musique de danse joue dans la salle.
Il y fait bon par rapport à dehors et nous y restons jusqu’à presque 2h du matin. Nous sommes vraiment fatigué et demain, c’est quartier libre pour faire ce que l’on veut.

Lydie et moi ne voulons pas nous lever trop tard afin de découvrir la ville en général. Sur ce, nous regagnons l’hôtel tranquillement. Une bonne nuit de sommeil et surtout dans un vrai lit nous fera du bien.

 

Mardi 12 août 1986.

Nous nous réveillons vers les 8h. Puis après avoir pris une bonne douche, nous descendons tranquillement pour aller prendre le petit-déjeuner. Il n’y a pas de restaurant dans l’hôtel, alors nous sortons pour voir s’il n’y a pas quelque chose dans les environs. Nous n’allons pas très loin, un supermarché juste à côté de l’hôtel avec un self fera l’affaire. Nous y retrouvons les 2 Anne ainsi que Pascale et Laurence. Lydie ne mange pas grand chose, moi je me régale avec des œufs au bacon et du jus d’orange. Nous profitons d’être dans un supermarché pour voir s’il n’y a pas un petit sac à dos pour remplacer le sac encombrant que nous avons. Nous en trouvons un pas trop cher et ayant aperçu un rayon de disque, je m’empresse d’en prendre quelques uns, d’artistes connus mais encore inédits.
C’est parti. Nous n’avons qu’aujourd’hui pour visiter la ville alors nous commençons notre balade.
On décide de retourner à Bourbon Street, tout proche, voir si l’ambiance est la même qu’hier soir. Quel étonnement quand nous pénétrons dans la rue, il n’y a pas un chat, désert. Le quartier vit donc que la nuit.
En continuant tout droit, nous atteignons Jackson Square. Ce lieu est au quartier Français ce que Montmartre est à Paris. Les artistes y exposent leurs œuvres le long de la grille du square. Nous y reviendrons. Mais avant, nous prenons d’autres rues, toutes aussi désertes. J’en profite pour m’arrêter dans un magasin et m’acheter un tee-shirt puis nous continuons notre périple sous une chaleur humide étouffante.
Nous arrivons à nouveau à Jackson Square et voyant tous les artistes dessiner des portraits, Lydie se laisse tenter et pose pour l’un d’eux.
Le travail dure un bon moment et le portrait n’est pas trop mal réussi. Nous continuons notre chemin et midi approchant, il est temps de trouver un endroit pour casser la croûte. Pour profiter au maximum de la journée, nous trouvons un grand fast food dans une galerie commerciale. Les temps est assez couvert maintenant mais il fait toujours aussi chaud et surtout humide.
A présent, nous nous trouvons juste devant la basilique de St Louis Roi de France, l’une des plus belles églises des US. Elle joue un rôle très important dans la vie de la Nouvelle-Orléans. Un peu plus loin sur la droite se trouve le marché français qui contient toute une variété de boutiques intéressantes. C’est devenu une tradition pour les touristes de terminer la soirée devant un café et des beignets au sucre dans l’un des vieux établissements du quartier.
Enfin, derrière nous, il y a le Mississipi River. Nous restons un bon moment assis dans la petite allée bordant le fleuve. Durant ce temps, on assiste à l’arrestation d’un homme à l’allure louche à quelques mètres de nous.
Deux bateaux à aube passent devant nous. Ce sont probablement le « Mark Twain » et le "Natchez" qui sillonnent les eaux dans les bayous au sud de la Nouvelle Orléans pendant près d’une journée.
En repartant, on s’arrête devant une plaque en bronze d’un côté écrit en Anglais, de l’autre en Français. Il est indiqué que c’est en hommage à Philippe d’Orléans, régent de France, que le nom de la Nouvelle Orléans a été choisi.
Avec le plan qui nous a été donné à l’hôtel, nous nous décidons à faire un grand tour à pied afin de découvrir le reste du "downtown". Notre première direction est Lee Circle. Nous regardons machinalement, tout en marchant, le nom des hôtels et restaurants indiqués sur le plan. C’est aussi très significatifs : Broussard’s, Antoine’s, Le Pavillon, Lafayette, Marie Antoinette, Château Lemoyne, Provincial, etc …
Après avoir traversés de petits quartiers sans grands intérêts, nous arrivons à Lee Circle. C’est en fait une place où se trouve la statue du Général Lee. Il ne faut pas oublier que nous sommes ici aussi dans un état confédéré durant la guerre civile.
Nous commençons par être crevé alors un petit arrêt s’impose puis nous reprenons notre chemin par St Charles Street. Pour ce qui est de la population, elle est très cosmopolite et souvent d’ascendance Créole (Franco-Espagnole), Cajun (Franco-Canadienne) et bien sur noire. Il y a à la Nouvelle Orléans et en Louisiane en général, moitié blanc, moitié noir. Nous avons trouvé qu’ici, les gens de couleur était beaucoup moins agressifs qu’à New York. Impression ou réalité ?
Nous arrivons à Canal Street, une des grandes rues de la ville. Il y a de nombreux restaurants et magasins et comme nous avons une petite faim, nous nous arrêtons encore dans un fast food. Nous y restons environ une demi heure puis l’hôtel n’étant plus bien loin, nous reprenons notre chemin.
Après nous être rafraîchi, changé, il était temps maintenant de songer à ce que nous allions faire ce soir.
Apparemment, nous ne serons pas au complet pour aller dîner car à l’approche de 19h30, il n’y a pas grand monde dans le hall de l’hôtel. Michel nous fait savoir qu’Eric, Neil et quelques autres sont dans le quartier français, qu’ils prennent l’apéritif et qu’ils nous attendent pour continuer la soirée. Sur ce, nous y allons et les retrouvons en effet dans un bar bondé en train de déguster quelques huîtres. Nous nous installons à leur table et nous prenons une bière, les huîtres nous disant vraiment rien.
La bière rapidement terminée, je me faufile jusqu’au fond du bar, par curiosité, car un pianiste est en train de jouer du jazz dans le brouhaha.
Je rejoints mes compagnons et Eric nous propose qu’au lieu d’aller dîner dans un restaurant comme hier soir, nous allions chercher quelques sandwichs, se promener dans les rues et faire plusieurs bars. Ce serait plus sympa. Pourquoi pas.
Notre petite virée dans les rues se poursuit au café du monde pour manger quelques beignets au sucre et boire un chocolat.

Il est prêt de minuit, je suis crevé de ma journée de marche et je décide de partir me coucher. Lydie n’est pas vraiment d’accord. Du coup, je rentre seul et retrouve les deux Anne qui arrivaient elles aussi à ce moment là. Comme il me tardait d’aller m’allonger, je ne reste pas longtemps et m’empresse de regagner la chambre. Demain, nous reprenons la route.

 

Mercredi 13 août 1986.

Lydie est rentrée cette nuit vers les 2h du matin, elle a dormi à peine 5 heures mais tant pis il faut partir et elle se reposera dans la voiture.
Donc aujourd’hui, nous reprenons la route avec comme prochaine étape, Houston au Texas.
Avant d‘y arriver, Eric nous a promis d’aller visiter une ancienne plantation de cannes à sucre devenue aujourd’hui un musée et nous y resterons jusqu’au déjeuner.
Le réveil est donc un peu dur pour Lydie, pour moi aussi d’ailleurs, mais avec un peu de courage, nous arrivons à nous préparer et prendre notre petit déjeuner à la cafétéria où nous étions allé hier. Là, nous retrouvons presque tous les autres.
Après ½ heure, il est temps de partir. Nous chargeons le van et nous voici à nouveau reparti pour une nouvelle destination.
Une fois dans le van, Lydie ne tarde pas à s’endormir. Nous quittons La Nouvelle Orléans par l’Interstate 10 et je regarde par l’arrière du van la ville s’éloigner petit à petit. Après une centaine de kilomètres, nous arrivons à Baton Rouge, la capitale de la Louisiane. Nous traversons la ville et passons le Mississipi sur un gigantesque pont suspendu. La vue est superbe mais je n’ose réveiller Lydie.
Comme à La Nouvelle-Orléans, le nom des lieux est ici aussi très pittoresque. On trouve des "Grosse tête", "Butte la rose", "Vacherie", "le pont qui tourne". Nous roulons maintenant à travers les bayous. La route est « posée » sur des plots en béton surplombant les marécages. Nous somme en plein pays Cajun et nous ne tardons pas à arriver à Lafayette, ville principale de cette contrée.
C’est ici que nous bifurquons pour rejoindre par la route 90, New Ibéria à 37km.
New Ibéria est notre étape déjeuner mais avant, nous allons visiter comme prévu, l’ancienne plantation "Shadows ont the Teche", située dans la ville. De cette plantation, il ne reste que la demeure à colonnes qui est donc devenue un musée. Les hectares de champs de cannes à sucre ainsi que les habitations des esclaves ont été remplacés par le béton et les pavillons. Je réveille Lydie, qui dans un semi brouillard, arrive à nous suivre.
Nous prenons notre ticket d’entrée et un guide parlant un anglais très pur (j’arrive même à comprendre), nous explique l’histoire de cette plantation au siècle dernier. (Site web). Une fois terminé, nous allons nous balader dans un petit parc situé derrière la demeure qui reflète assez bien le décor de jadis.
12h30, il est temps d’aller déjeuner.
Eric nous propose d’aller dans une petite cafétéria spécialisée dans la cuisine cajun. Il n’y a pas grand monde, à vrai dire nous sommes les seuls et les cuistots sont vraiment "typés", c’est à dire très différents des autres habitants que l’on a pu rencontrer dans la région.
Pendant que nous déjeunons, nous apercevons Michel discuter avec l’un des cuistots. En revenant, il nous apprend une chose extraordinaire, pour nous. Il parle Français !, oui, mais un Français un peu particulier, car après explication, c’était leur "patois". C’était son père qui lui avait appris et ils se le transmettaient ainsi de générations en générations depuis le 18ème siècle.
Elisabeth en profite pour subtiliser un dessous de table ordinaire sous prétexte de se « venger » du vol de son collier à New York avant de partir.
Après le déjeuner, finalement pas terrible, nous regagnons le van. Il commence à faire chaud mais moins humide. Nous allumons la radio et tombons par hasard sur une station parlant un Français épouvantable. L’accent ressemble au Canadien mais encore plus prononcé et bien sur avec un vocabulaire différent de France. Intéressant d’avoir connu ceci.
Après être passé à la banque, nous reprenons la route et regagnons Lafayette pour y rejoindre l’Interstate 10.
Le paysage défile à nouveau. Les bayous se font de plus en plus rare et nous commençons à traverser maintenant de larges prairies légèrement boisées.
Lydie est maintenant bien réveillée. Elle me raconte brièvement la soirée d’hier car nous n’en avions pas encore parlé. Elle m’explique que le directeur de l’agence par laquelle nous faisons le voyage est venu les rejoindre dans un bar et qu’ils ont tous longuement discuté.
Nous approchons de Lake Charles et il nous reste pas mal de kilomètres à faire encore avant d’atteindre Houston.

Au bout d’environ une demi heure, "tut-tut", "Welcome to Texas". Jusqu’à ce que l’Alaska devienne le 49ème état des US, le Texas était l’état le plus vaste des Etats-Unis.

Nous passons Beaumont et vers les 16h, nous arrivons en vue de Houston. C’est la plus grande ville du Texas et la plus grande de tout le Sud-Est du pays.
Eric nous balade un peu dans la ville et on constate rapidement que le centre est composé que de Building et de grandes tours. On s’arrête un moment pour se dégourdir les jambes et la chaleur nous écrase d’un coup dès que nous descendons du van. Nous prenons quelques photos et nous apercevons, pas très loin de nous, un policier à cheval en train de distribuer des P.V. aux voitures mal garées. S’approchant de nous, Lydie lui demande s’il était possible de le prendre en photo. Il accepte sans problème en nous précisant en souriant de rassurer les autres car ceux ci se demandaient vraiment ce qu’il se passait.

Comme la ville n’avait pas grand intérêt, on décide d’aller tout de suite au camping. La chaleur commence à diminuer. Arrivés au camping, nous plantons les tentes et partons faire quelques courses. Ce soir, nous resterons au camping pour se reposer un peu car d’une part il n’y a rien à faire en ville et une bonne nuit de sommeil nous fera du bien après nos deux derniers jours en Louisiane.
Je sors ma carte et continue à tracer le trajet effectué. C’est vrai que depuis Gadsden, je n’y avait pas touché. Nous avons donc fait depuis l’Alabama 1210 km depuis New York avec déjà 12 états traversés.
Donc ce soir, repos mais nous restons quand même à boire quelques "Budweiser" jusqu’à 11h, Eric nous parlant un peu de la journée de demain. Il fait encore très chaud mais la fatigue aidant, nous partons nous coucher.

 

Jeudi 14 août 1986.

Debout 7h, comme d’habitude. Petit déjeuner de plus en plus dur et rapide à avaler, démontage des tentes et en route.
Aujourd’hui, avant de quitter totalement Houston, nous allons visiter la NASA au Johnson Space Center. Ce serait effectivement dommage de passer à côté sans s’y arrêter.
Le centre est situé au sud de la ville, tout près du golfe du Mexique. Nous y arrivons vers 8h45 et déjà, il y a une chaleur torride. Ca promet pour le reste de la journée. Il est vrai que nous sommes à la latitude du Sud Saharien mais je n’avais jamais ressenti une telle chaleur à cette heure là de la journée. Nous essayons de marcher le plus à l’ombre possible mais rien n’y fait.
Arrivés au centre, nous suivons les nombreux touristes présents et apparemment, la visite est gratuite. A l’intérieur, nous sommes réjouit de la fraîcheur qui y règne. Merci la climatisation. La visite se termine par la fameuse grande salle de contrôle. Nous n’avons bien entendu pas le droit d’y pénétrer mais une autre salle destinée aux visiteurs, équipée d’une glace sans teint, permet de voir sans déranger les techniciens. Là, le guide explique le déroulement des opérations. Malheureusement, déjà ne comprenant pas grand chose en tant normal, il m’était strictement impossible de saisir le moindre mot. L’accent Texan étant tellement particulier que Lydie ne comprenait rien non plus, Michelle qui avait vécu longtemps en Angleterre avait beaucoup de mal à suivre et même Eric nous rassura en nous disant que lui même avait quelques difficultés.
Nous repartons vers les 11h toujours sous un soleil de plomb mais avant de rejoindre le van, nous nous baladons autour des anciennes fusées servant aujourd’hui de décor à l’entrée de la NASA. Impressionnant.
Nous reprenons maintenant l’Interstate 10 direction San Antonio et apercevons à l’arrière du van les buildings de Houston s’éloigner.
Pour le déjeuner, on s’arrête sur une aire de repos. La chaleur est étouffante et nous nous reposons à l’ombre d’un arbre.
Il est temps de reprendre la route, San Antonio n’est qu’à 300 km mais plus tôt nous y serons, mieux cela vaudra.
En effet, vers les 15h, après avoir traversé de larges prairies grillées par le soleil, nous y arrivons.
San Antonio est une ville pittoresque avec un parfum de Mexique Espagnol. Eric nous dit que la rivière San Antonio serpente sur 10km à travers la ville le long du Paseo del rio, une tranquille promenade bordée d’arbres, de boites de nuit et de restaurants. On peut s’y promener en bateau. Dans le coin, il y a plusieurs belles missions à voir, notamment la mission San José et l’Alamo où 187 personnes ont péri le 6 mars 1836 pour défendre le Texas.
Après un bref tour de ville, nous nous dirigeons vers le célèbre Fort Alamo, situé au centre ville. De cette mission, il ne reste plus grand chose, mise à part la chapelle, le portail d’entrée et quelques pans de murs. La chaleur est écrasante et il fait bon de trouver un peu d’ombre et de la fraîcheur à l’intérieur du bâtiment. Lydie commence à avoir du mal à supporter un telle chaleur. Du coup, on reste un bon moment assis près d’une fontaine et à l’ombre des arbres. Des noms sont inscrits sur les pierres en témoignage des valeureux défenseurs du lieu. Parmi eux, James Bowie et bien sur le non moins célèbre Davy Crockett.
En sortant, nous croisons 3 Texans sortis tous droit de la série « Dallas » et je ne peux m’empêcher de les prendre en photos.
Il est temps d’aller au camping. Celui-ci est situé juste au dehors de la ville et une fois arrivés, on s’aperçoit avec joie qu’il y a une piscine à l’entrée. Nous attendons un peu pour monter les tentes, le temps que le soleil tape un peu moins fort. Avec un peu de courage, nous nous installons et une fois le montage terminé, direction la piscine. Nous y restons bien une bonne heure, cela fait tellement de bien après cette journée étouffante. Bientôt 19h et cette baignade nous a creusé l’appétit. Après une bonne douche et un petit dîner ordinaire, je sors ma carte. Nous n’avons pas trop roulé aujourd’hui. 310 km avec 2940 km au total et toujours au Texas.
Nous sommes épuisés mais Eric nous propose de sortir en ville ce soir et donc, une fois tout rangé, en route.
C’est vrai qu’en arrivant au centre, le coin est très animé et Eric ne nous avait pas menti en nous disant que le « Paseo del Rio » était superbe.
Appelé également « The River Walk », nous nous promenons le long de cette rivière illuminée par les bars et les restaurants.
Après cette belle balade, Lydie et moi décidons de nous écarter de ce magnifique endroit pour flâner dans les rues avoisinantes. Nous sommes juste à côté du Fort Alamo, le portail est éclairé par des projecteurs et j’en profite pour faire quelques photos. Assis devant le mémorial, nous nous reposons un peu, il est un peu plus de minuit et il fait encore très chaud. Un policier sorti de l’ombre s’approche de nous et nous demande si « Ok ? ». Peut être avait-il eu l’impression que j’importunais Lydie et qu’elle avait besoin d’aide ? Sur ce, nous lui répondons « No problem » et il s’éloigne en nous souhaitant une bonne soirée. Le lieu de rendez vous pour repartir est fixé à l’endroit où nous nous trouvons et vers les une heure du matin, le groupe se forme peu à peu.
Avec surprise, nous apercevons Eric et Michelle la main dans la main. On dirait que le parfum Texan et pittoresque de la ville a fait son effet !
Nous voici reparti au camping. Il est très tard, nous sommes tous crevé malgré cette soirée superbe et très décontractée. Nous ne tardons pas aller nous coucher quand soudain Eric nous signale qu’un fraiseur a disparu. Du coup, tous les gars courageux (humm !) partent sans trop d’illusions à sa recherche. Il fait de toute manière trop noir pour s’aventurer trop loin et puis, d’après Eric, ce n’est pas bien grave.
Alors, nous rentrons au campement et nous partons nous coucher tranquillement. Demain, la journée sera sûrement encore très chaude et fatigante.

 

Vendredi 15 août 1986.

Aujourd’hui, exceptionnellement, nous ne nous levons pas à 7h, du moins pas aussi tôt que d’habitude. Eric nous fait lever ver les 8h car nous n’avons pas, dit-il, beaucoup de route à faire jusqu’à notre prochaine étape.
Donc ce matin, nous ne nous pressons pas trop. Cependant, aujourd’hui, c’est également l’anniversaire de Neil et les filles ont eu l’idée de faire une petite fête ce soir et de lui offrir un petit cadeau. Il faudra passer en ville pour acheter le nécessaire. Eric, bien sur dans le coup, nous dit tout innocemment qu’avant de reprendre la route vers l’ouest, nous irons à nouveau au centre ville pour se promener. Nous chargeons le matériel et vers les 10h30, nous voici en route.
Neil ne parlant pas un mot de Français, il nous était très facile de parler à haute voix pour choisir quoi lui offrir et faire ce soir.
Arrivés en ville, nous commençons par faire quelques magasins. Lydie et moi en profitons pour acheter un tee-shirt de la ville et l’idée d’en prendre un autre pour Neil nous vînt tout naturellement. Ok pour un tee-shirt.
Pendant ce temps, les autres étaient partis acheter de quoi préparer une « sangria ».
Nous nous promenons à nouveau le long de la rivière mais le coin est beaucoup moins animé que le soir, cependant les bars et les restaurants sont tout de même déjà ouverts.
Avant de reprendre la route, nous avons le temps, d’aller visiter une ancienne mission devenue maintenant un petit musée. C’est la mission Conception, située un peu au dehors de la ville, qu’Eric nous fait découvrir. Cette mission, comme les autres d’ailleurs, avait un rôle très important dans la région. Nous nous y promenons un bon moment à l’ombre des arbres mais midi approchant, Eric nous dit qu’il est temps de partir.
Notre étape de ce soir se trouve à Del Rio, petite bourgade située le long du fameux Rio Grande et tout proche de la frontière Mexicaine.
Nous voici reparti mais cette fois ci, nous laissons tomber l’interstate pour prendre la route 90, moins fréquentée et plus pittoresque. Nous traversons de petites villes qui se font d’ailleurs de plus en plus rares et le paysage commence sérieusement à changer d’aspect. En effet, de larges étendues désertiques parsemées d’arbustes desséchés apparaissent avec néanmoins quelques parties restées vertes. Nous approchons de « L’Ouest ».
Pour le déjeuner, nous nous arrêtons rapidement au bord de la route. L’endroit est très calme, très reposant, pas une âme qui vive à des kilomètres à la ronde. Après une petite heure, il faut repartir.
Il est à peu près 15h quand nous arrivons à Del Rio et il fait une chaleur toujours aussi étouffante mais nous arrivons maintenant à mieux la supporter. Peut être y sommes nous un peu plus habitué.
Nous resterons 2 nuits et donc 2 journées à Del Rio. Ce sera notre première étape « Repos » complet car de nombreuses activités telles que promenade à cheval, baignade dans le lac, etc sont à notre disposition. Tout cela est bien entendu facultatif mais Eric nous demande à chacun de nous dire quelles sont celles qui nous intéresse afin de faire d’éventuelles réservations.
Nous arrivons au camping. Celui-ci est situé en pleine campagne Texane, il n’y a pas beaucoup d’habitations autours, seulement quelques fermes et ranchs isolés. Au moins, nous ne serons pas dérangés par les voitures et le bruit !.
Le camping possède heureusement une piscine, c’es bon à savoir. A l’entrée, un écriteau : « Welcome American Adventures, happy birthday, Neil ». Je me souviens maintenant qu’à San Antonio, Eric avait téléphoné, c’était donc pour nous « annoncer ». En tout cas, c’est très sympa.
Nous montons nos tentes dans des conditions extrêmes. Je parle bien sur de la chaleur. Il n’y a pas un brin d’ombre et nous sommes trempés de sueur. De plus, le sol est tellement dur qu’il est presque impossible d’enfoncer correctement les sardines. Nous sommes pressés d’en finir pour pouvoir aller nous plonger dans l’eau de la piscine mais Eric nous propose que ce serait une bonne idée d’aller plutôt au lac, tout proche. C’est Ok pour tout le monde et nous voici parti quelques minutes plus tard.
L’endroit est vraiment désert, il n’y a pas un chat. Seuls quelques camping-car et voitures sont visibles au loin. Nous approchons du lac Amistad. Ce lac est en fait un réservoir créé par un barrage construit en amont retenant les eaux du Rio Grande. Pour y accéder, nous empruntons un chemin de terre caillouteux qui nous amène à une sorte de parking sauvage. Là, nous apercevons le lac en contrebas d’une petite pente rocheuse. Nous n’attendons pas longtemps pour y descendre et l’eau est tellement chaude qu’il nous est très facile d’y entrer. Quel régal, on se sent renaître. Nous restons ici pratiquement jusqu’à ce que le soleil disparaisse puis, épuisés, nous rentrons au camping. On pourra dire que nous nous sommes baignés dans le Rio Grande !
Tout le monde n’était pas venu. Elisabeth et quelques autres étaient restés au camping d’une part parce qu’ils n’avaient pas vraiment envi et d’autre part pour préparer le dîner de ce soir en l’absence de Neil.
A notre retour, Elisabeth est déjà à moitié saoule à force de goûter à la Sangria.
Après une bonne douche froide et nous être changé, nous prenons une bière à la terrasse de l’accueil.
Il fait très bon maintenant et il est temps d’aller dîner. La nuit commence à tomber et tout est prêt pour la petite fête. Neil est bien entendu surpris et est très content de la surprise que nous lui avons faite. Le dîner par lui-même ne change guère de d’habitude mais la sangria suffit pour mettre l’ambiance et très vite, tout le monde commence à rigoler, chanter et danser. Nous prenons en photo ce petit monde, ça vaut le coup ! Le vent s’est levé et nous avons du mal à faire tenir les bâches en place. Echauffés par l’alcool, nous décidons d’aller faire un tour en ville pour voir s’il n’y a pas une boite de nuit ouverte dans le coin. Apparemment, Eric connaît la région car il nous dit qu’en effet, à la sortie de la ville, se trouve une sorte de grand pub où l’on peut danser et écouter de la musique. Nous y allons tous en chahutant.
Arrivés à la boite, on constate de suite que l’ambiance n’est pas tout à fait la même. C’est vrai que nous sommes dans une petite ville et de plus, en pleine campagne. Des Texans typiques sont bien sur là au bar coiffés de leur célèbres chapeaux et quelques danseurs sont sur la piste. Nous nous installons à plusieurs tables et des déjà, des regard curieux convergent vers nous. C’est vrai que voyant tous ces jeunes parlant fort, chahutant et s’exprimant dans une langue inconnue, ils pouvaient effectivement se poser des questions. Aidés par l’alcool, Christophe et Elisabeth s’embrassent vigoureusement devant tout le monde. Eric est stupéfait. Il me lance : «Ca alors, ces Français ! ». D’ailleurs, un des videurs s’approche de lui en lui glissant à l’oreille qu’il n’est pas toléré de telles choses dans l’établissement. Du coup, on se calme. Tout en regardant machinalement deux militaires très strictes en tenue danser sur la piste, nous goûtons à la Marguerita, boisson Mexicaine composée d’un mélange de Tequila et de jus de pamplemousse. C’est très bon mais très fort. Neil est déjà depuis longtemps hors d’état de goûter à quoique ce soit. Lui qui n’était pas habitué à la sangria, cela lui a été fatal !
Il est à peine 2h du matin quand on nous dit de sortir car la boite va fermer. Nous rentrons donc au camping. Les esprits se sont calmés et après quelques derniers bavardages, gagnés par la fatigue, tout le monde part se coucher. Demain, repos.

 

Samedi 16 août 1986.

Réveillé par une sensation d’étouffement, je regarde ma montre : 8h30. J’ai la gorge toute sèche, résultat d’une soirée arrosée et je m’empresse de sortir de sous la tente. Le ciel est très couvert mais cela n’empêche pas qu’il fait déjà très chaud et très lourd. Quelque uns sont déjà levés, d’autres plus atteints par leur soirée continuent leur nuit.
Après un petit café et une bonne douche, la forme revient et il est temps de discuter des activités de la journée. Lydie et moi sommes inscris pour faire une balade à cheval dans la campagne avoisinante. Il est à peu près 10h quand nous commençons.
Seulement voilà, il n’y a pas d’accompagnateurs et c’est à nous de nous débrouiller pour conduire le cheval où bon nous semble. Lydie et quelques autres se débrouillent pas trop mal, mais mon cheval ne veut rien savoir et subjuguer par les hennissements d’une jument à quelques lieues de là, il prend un chemin tout seul et m’y conduit malgré moi.
J’ai toutes les peines à le faire changer d’avis sans y arriver si bien que je me retrouve tout seul au milieu d’un chemin caillouteux allant je ne sais où. Arrivé devant l’enclos, je constate et comprends vite que mon cheval est amoureux et qu’il est bien décidé à rester ici. Du coup, énervé, déçu par les chevaux Texans et convaincu qu’il n’aimait pas les étrangers, je descends et lui fait tout de même rebrousser chemin. Après 1 demi heure de marche forcée, j’atteint le camping et donc le point de ralliement des excursions à cheval.
J’attends Lydie et en profite pour discuter avec Eric. Celui-ci me dit qu’aujourd’hui, du moins cet après midi, rien n’est prévu mais que par contre, vers les 16h, nous pourrions passer la frontière, faire quelques achats puis dîner au restaurant. L’idée me paraît excellente.
Lydie, Neil et Michel arrivent. Je raconte mon petit problème et s’en suit un éclat de rire général. Du coup, pour me consoler, Lydie me propose que nous allions nous promener tous les deux par derrière les chemins. Le ciel est toujours couvert mais cette promenade nous fait un grand bien. En chemin, nous nous arrêtons près d’un énorme cactus en fleur. Lydie coupe une de ces fleurs pour emmener et je prends quelques photos. Le paysage est impressionnant, la campagne a perte de vue. Au retour, ayant entendu un bruit suspect dans les buissons, je m’approche et constate avec surprise la présence d’un petit animal complètement inconnu, enfin pour moi, genre petit lézard à corne et écailles. Il faudra que je demande à Eric. Je m’approche le plus près possible afin de le prendre en photo. Ceci fait et midi approchant, nous regagnons le campement. Le soleil commence à faire une timide apparition et cela ne nous empêche pas de déjeuner au grand air.
Je sors ma carte et trace l’itinéraire effectué depuis San Antonio. 240 km de plus, total 3180 km.
Il est 14h, nous avons rien envie de faire et les nuages disparaissant petit à petit nous invitent de plus en plus à aller se rafraîchir dans la piscine. Peu après, il n’y a plus un nuage et la chaleur est devenue maintenant torride.
Durant environ 2h, nous nous prélassons au bord de la piscine, à l’ombre de quelques parasols et vers les 16h, comme prévu, nous nous préparons pour le soir.
Certains, dont Neil, se sont inscrits pour s’initier au parachute ascensionnel sur le lac Amistad. Ils ne seront pas de retour avant notre départ pour le Mexique et ils nous rejoindrons donc là bas.
Je suis un peu soucieux de cette virée, enchanté mais tout de même soucieux. Déjà Eric nous dit que nous n’y allons pas en van car c’est risqué et que nous prendrons un taxi local pour passer la frontière, puis nous nous déplacerons à pied.
Nous partons donc diminué de 5 personnes et arrivons à la frontière. Là, se trouve un immense parking où nous garons le Ford. A quelques mètres de là, prêts à accueillir les visiteurs, des taxis attendent d’éventuels passagers. Eric marchande un prix de groupe et payons 1$ soit 7 francs par personne pour le passage.
Nous nous installons à bord du taxi et en route. Nous traversons un grand pont suspendu au dessus du Rio Grande servant donc de passage pour les voitures et les piétons puis au bout de 100m à peine, nous sommes sur l’autre rive, au Mexique. Là, pas de douane, seulement quelques gosses se précipitant vers nous pour nous demander quelques Cents.
Ainsi donc, nous voici au Mexique, enfin en territoire Mexicain car ce n’est pas ici que nous verrons du pays. Ce serait plutôt un « Pas de la Case » Américain.

La ville où nous nous trouvons s’appelle Ciudad Acuña dans l’état de Coahuila et déjà, nous apercevons les boutiques de souvenirs, magasins en tout genre pour touristes Américains. Dans les rues, pas de voitures modernes, uniquement des camionnettes «Pick-up» et des grosses « Américaines » des 70’s. C’est bizarre, je ressent un sentiment de mal à l’aise contrairement à Lydie qui regarde tout autour d’elle, sans d’à priori. C’est peut être le fait que devant chaque magasin, on nous demande d’entrer sans arrêt. Je suis un peu déçu car je m’imaginais réellement et très naïvement le premier village comme dans les films. Et oui, c’est ridicule car pas de maisons pittoresques avec des Mexicains habillés en blanc et sombrero mais le contraste avec les U.S. est tout de même étonnant. Nous entrons finalement dans l’un des magasins et constatons avec stupeur les prix affichés. Ils sont dérisoires. Nous achetons quelques bibelots presque donnés et continuons notre marche.
Nous avons rendez vous dans un restaurant dans le coin vers 19h, nous avons donc le temps. Lydie veut photographier une femme assise par terre avec un gosse. Je lui défend de le faire car me sentant déjà mal à l’aise, je ne voulais pas non plus que l’on nous prenne pour des « voyeurs ». Nous nous promenons toujours dans les rues échappant aux gosses mendiant quelques Cents, spectacle malheureusement courant depuis notre arrivée. Apercevant une « Cantina », nous rejoignons Christophe qui se baladait dans le coin et y entrons pour boire une bière. Le barman nous demande ce que nous voulons comme bière. Pensant que « cerveza », inscris sur l’étiquette, était la marque locale, j’insistais lourdement pour lui demander « cerveza ». Mon vocabulaire réduit d’Espagnol omettait le fait que « cerveza » voulait dire «bière » alors du coup le barman, un peu exaspéré, me tendit la première du lot. En tout, nous avons pris 3 bières et un coca mais il fallait voir la taille des canettes !! Ce n’était pas le standard que nous avions en Europe ni même aux U.S. Nous nous préparons à sortir l’équivalent de 30 francs et quelle fut notre surprise quand le barman nous dit 1$, soit 7 francs !
19h approchant, il est temps de retrouver les autres au resto tout proche. Celui-ci est situé dans l’une des rues principales et l’intérieur est saisissant de contraste par rapport au dehors. Il faut penser que cela doit être un des restos le plus chic de la ville, il n’y a que des touristes américains. On nous installe à une grande table et pour faire patienter en attendant les autres, nous prenons bien sur l’apéritif national, la Marguerita. Déjà, plusieurs gosses regardent à travers les carreaux me rendant encore plus mal à l’aise. Les 5 autres du groupe arrivent. Ils ont eu du mal à nous trouver mais tout s’est bien passé.
Christophe et moi avons la tête qui tourne. Ce doit être à cause de la bière de tout à l’heure et la Marguerita. Le dîner est servi et c’est alors que nous entendons des musiciens se préparer à jouer dans la salle à côté. Je m’empresse de les prendre en photo.
Lydie a du mal à manger. Il faut dire que c’est tellement épicé que moi même ait la gorge en feu mais c’est tout de même très bon.
Il est temps de rentrer mais avant nous allons terminer cette soirée au Mexique en nous promenant un peu dans la ville.
Il fait maintenant nuit et je ne suis plus du tout rassuré cette fois ci.
Lydie me demande pourquoi mais tous les gars, y compris Eric et Neil, regardent tout autours d’eux pour parer à toute éventualité. Je ne suis donc pas tout seul à avoir ce sentiment.
Nous approchons d’un endroit animé, genre boite de nuit en plein air. Beaucoup de monde et nous rencontrons par hasard, nous entendant parler Français, un jeune militaire Belge posté dans une base aérienne au Texas.
Vers minuit, nous décidons de rentrer aux U.S. Comme pour l’aller, il nous faut prendre un taxi car Eric nous dit que le pont n’est pas sûr à traverser à pied et surtout la nuit.
Nous nous approchons de la station de taxi, enfin ce qui ressemble à une station. Nous montons dans l’un d’eux. La poignée de porte tient avec du fil de fer et je m’enfonce violemment les ressorts du siège dans le derrière. La grosse « Américaine » démarre tant bien que mal et pendant toute la traversée du pont, ce n’est pourtant pas étroit, le taxi se prend le trottoir d’un côté comme de l’autre. Tequila ?, Cerveza ?, on ne sait pas trop ce qu’il a bu ! (rires).
Enfin, nous arrivons indemne et bien sur, la douane U.S. est là pour nous accueillir. Le douanier Ricain nous demande nos passeports, ce que nous allons faire, d’où nous venons et où nous allons. Heureusement qu’Eric est avec nous pour expliquer tout cela. Enfin, tout ce passe bien et nous regagnons le camping.
Il est déjà très tard et demain, de bonne heure, nous reprenons la route.

 

Dimanche 17 août 1986.

Ce matin, nous reprenons les bonnes habitudes. Debout 7h, démontage des tentes, déjeuner, chargement et en route.
Notre itinéraire d’aujourd’hui n’est pas très long mais par la route que nous allons prendre, nous aurons juste le temps d’y arriver en milieu d’après midi.
Avant de reprendre la route, nous nous arrêtons près d’un autre poste frontière situé sur le barrage. Là, nous prenons quelques photos du Rio Grande en contrebas.
Après cette petite balade, nous prenons la route 90 et peu de temps après, nous passons le Pecos, petite rivière symbolisée par les « Western ». Nous sommes maintenant « A l’Ouest du Pecos » et apercevons au loin les « Rocheuses » se dessiner. Le paysage est le même que ces derniers jours sauf la présence de nombreux derrick crachant leurs flammes tout le long de la route.
A la hauteur de Sanderson, nous quittons la 90 pour la 285, route encore un peu moins grande que les précédentes et vers les midi, nous arrivons à Fort Stockton, idéal pour un arrêt déjeuner.
Dans cette région, il existe un animal symbolisé également par un célèbre dessin animé appelé «Vil Coyote et Road Runner, alias Bip-Bip». Une énorme statue représentant cet animal fétiche est en plein centre d’un giratoire. Je descends pour le prendre en photo.
Un peu plus loin, une sorte d’aire de repos fera l’affaire pour le déjeuner. Sandwichs sont bien sur au rendez-vous.
Pendant que nous déjeunons et discutons ensemble de la journée, un type s’approche de nous en nous proposant des pastèques pour 3 « Bucks », comprendre 3$ mais il faut voir la taille de la pastèque ! Lydie a même du mal à la porter.
Après s’être dégourdis les jambes en essayant de s’initier au Base-Ball, nous reprenons la route. Nous traversons le village de Pecos, nous quittons le Texas, après y avoir resté 3 jours, pour entrer au Nouveau-Mexique.

Notre étape de ce soir se situe près de la ville de Carlslbad, en plein centre du Parc National de Carlsbad Caverns. En effet, comme son nom l’indique, on trouve dans ce parc des grottes et d’immenses salles souterraines que l’on estime être les plus anciennes et les plus grandes du monde.
Nous arrivons au par cet Eric nous dit qu’il serait intéressant de nous rendre directement à ces grottes afin de les visiter. Ce lieu est situé en pleine campagne et bien sur, un grand bâtiment a été construit pour attirer les touristes avec restaurant, boutiques de souvenirs, etc ..
Pour descendre au fond des galeries, nous empruntons un ascenseur ultra moderne et nous passons une bonne heure, au frais, à admirer ces salles il est vrai très impressionnantes.
De retour à la surface, la chaleur est accablante et nous sommes complètement à plat. Le très frais du bas et le très chaud du haut ne fond pas bon ménage. Assis à une terrasse en attendant le reste du groupe et tout en buvant un petit rafraîchissement avec Neil, nous voyons passer un touriste typé Ricain avec, casquette de Base-Ball, appareil photo, tee-shirt ridicule, etc …Il se retourne juste devant nous et crie à sa femme qui le suivait un peu plus loin : « Eh, tu crois qu’ils vendent du pinard, ici ? »
Lydie et moi, nous nous regardons, éclatons de rire et Lydie se retourne vers Neil pour lui dire « Voici un touriste parfaitement Français !». Neil, surprit, pensait plutôt à un Canadien.
Avant d’aller au camping, Eric nous propose d’attendre jusqu’à la tombée de la nuit car il y a une petite attraction qu’il serait intéressant de voir. En effet, à la tombée de la nuit, les chauves-souris restées au frais toute la journée, s’envolent vers d’autres horizons à partir d’un endroit unique. A ne pas manquer.
Encore une fois, tout est prêt pour accueillir le touriste : Bancs, commentateur, chouchous, boissons fraîches, etc …
La nuit commence à tomber et une multitude de chauves-souris sortent à quelques minutes d’intervalles de la galerie donnant au grand jour.
Après avoir regardé ces charmantes bestioles s’envoler, il est temps d’aller au camping. Celui-ci est situé à Whites City, sur la route d’El Paso, seul bled du coin possédant un camping et ayant un peu d’espace vert. Il ne fait pas encore nuit noire et nous nous empressons de monter les tentes. En nous promenant plus tard dans le campement, on s’aperçoit que le camping est remplit de Français, tous faisant un circuit du même style que le notre.
Il fait encore un peu jour pour continuer à tracer l’itinéraire. 530 km de plus, 3710 km au compteur depuis New-York et 13 états traversés.
Soirée tranquille après un petit dîner sur l’herbe sous les spots et fort sympathique.

 

Lundi 18 août 1986.

Venez vite, venez voir !!
C'est par ceci que nous sommes réveillés ce matin. Je sors de la tente un peu précipitamment et curieux de tout ce tapage matinal.
Dehors, longeant les tentes, une énorme tarentule se déplace sans se presser. tout le monde s'approche et cela n'a pas l'air de l'effrayer. Je sors mon appareil photo et me faufile pour la prendre en photo.
Lydie est dégoûtée lorsque Christophe prend une sorte de boite de chaussure et essaie de l'introduire dedans pour la jeter au loin.
Ce petit spectacle terminé, il faut songer à se préparer pour une nouvelle étape.

 

Le récit original a été commencé dès le retour du voyage et interrompu à cette journée du 18 août, après l’épisode de la tarentule. J'avais conservé fort heureusement les notes qui ont été utilisées pour la suite du résumé.